Vous avez repéré un étrange arbre au feuillage décoratif dans votre quartier et on vous a parlé du mûrier à papier ? Ou peut-être que vous réfléchissez à introduire cette essence dans votre jardin après avoir entendu parler de ses usages traditionnels pour la fabrication du papier ?
Dans tous les cas, vous êtes au bon endroit ! Nous allons explorer ensemble le Broussonetia papyrifera (son nom scientifique), un arbre fascinant mais controversé.
À la fin de votre lecture, vous saurez notamment :
- Comment identifier cet arbre aux multiples visages
- Son histoire millénaire liée à la fabrication du papier en Asie
- Pourquoi cet arbre est à la fois apprécié et redouté des jardiniers
- Les précautions à prendre avant de l’introduire chez vous
Alors sans plus attendre, partons à la découverte de cet arbre aux mille vertus… et aux quelques défauts !
Le mûrier à papier : carte d’identité et caractéristiques botaniques
Le mûrier à papier n’est pas un mûrier comme les autres. Contrairement à ce que son nom pourrait laisser penser, il n’appartient pas au genre Morus (les vrais mûriers), mais au genre Broussonetia, même si les deux font partie de la même famille des Moraceae.
Voici sa carte d’identité complète :
| Caractéristique | Description |
|---|---|
| Nom scientifique | Broussonetia papyrifera |
| Famille | Moraceae (comme les figuiers et les vrais mûriers) |
| Origine | Asie de l’Est (Chine, Japon, Corée, Taïwan) |
| Taille | 8-10 m en culture, jusqu’à 15-20 m à l’état sauvage |
| Type de plante | Arbre ou arbuste dioïque (pieds mâles et femelles séparés) |
| Rusticité | -12°C à -15°C |
| Croissance | Rapide (jusqu’à 1m par an) |
Ce qui frappe d’emblée avec le mûrier à papier, c’est son feuillage extrêmement variable. Même sur un seul arbre, vous pouvez observer des feuilles de formes très différentes : certaines cordiformes (en forme de cœur), d’autres lobées (de 3 à 5 lobes), parfois entières ou parfois profondément découpées.
Cette diversité foliaire est tellement remarquable que certains jardiniers l’apprécient uniquement pour cette caractéristique ornementale. À la belle saison, ces feuilles duveteuses au toucher sont d’un vert franc et créent un bel effet décoratif.
Les fleurs mâles et femelles apparaissent sur des arbres différents (espèce dioïque). Les fleurs mâles forment des chatons pendants tandis que les fleurs femelles s’assemblent en boules duveteuses.
Les fruits sont tout aussi remarquables : il s’agit de syncarpes (fruits composés) sphériques de 2 à 4 cm de diamètre, qui virent du vert au rouge-orangé à maturité. Ces fruits contiennent de minuscules graines de 1 à 2 mm qui sont particulièrement appréciées par les oiseaux, ce qui facilite la dissémination de l’espèce.
Origine, répartition et statut invasif du mûrier à papier
Le mûrier à papier est originaire d’Asie orientale, plus précisément de Chine, du Japon, de la Corée et de Taïwan. Grâce à ses multiples usages, il a été introduit dans de nombreuses régions du monde.
Il s’est particulièrement bien acclimaté dans les îles du Pacifique, où les populations locales l’ont adopté pour la fabrication de l’étoffe tapa. Son introduction en Europe remonte au XVIIIe siècle, initialement comme arbre d’ornement.
Malheureusement, le mûrier à papier est devenu invasif dans de nombreuses régions du monde, notamment :
- En Europe méridionale et centrale
- Aux États-Unis (particulièrement dans le sud)
- Dans certaines régions d’Afrique
- En Australie et en Nouvelle-Zélande
Son caractère envahissant s’explique par plusieurs facteurs :
- Sa croissance rapide (jusqu’à 1 mètre par an)
- Sa capacité à produire des rejets et des drageons en abondance
- La dissémination efficace de ses graines par les oiseaux
- Sa tolérance à différents types de sols et conditions climatiques
Face à cette menace écologique, plusieurs pays ont pris des mesures restrictives. Par exemple, en Suisse, sa commercialisation est interdite depuis 2024. Dans de nombreuses régions, il est classé comme espèce exotique envahissante et son planting est déconseillé.
Usages traditionnels : le papier et le tapa
Malgré ses aspects problématiques, le mûrier à papier possède une riche histoire culturelle, particulièrement liée à la fabrication de papier et de textiles. C’est d’ailleurs cette utilisation qui lui a valu son nom commun.
En Asie de l’Est, l’écorce interne du mûrier à papier est utilisée depuis plus de 2000 ans pour fabriquer diverses formes de papier. Les cellules fibreuses de cette écorce peuvent atteindre jusqu’à 25 cm de long, ce qui confère au papier produit une résistance exceptionnelle.
En Chine, le papier produit à partir du mûrier à papier est connu sous le nom de ‘baimian’. Dans certaines régions comme la communauté de Mangtuan dans le Yunnan, la production artisanale atteint environ 200 000 feuilles par an.
En Corée, on l’appelle ‘hanji’, un papier traditionnel réputé pour sa durabilité et sa résistance. Certains documents historiques en hanji ont survécu pendant plus de mille ans.
Au Japon, le papier fabriqué avec le mûrier à papier, appelé ‘kozo’, est utilisé dans de nombreuses formes d’art traditionnel, y compris pour les célèbres lanternes en papier.
Dans les îles du Pacifique, l’écorce battue est transformée en ‘tapa’, un textile non tissé qui a une grande importance culturelle et cérémonielle. Les motifs peints sur le tapa racontent souvent des histoires et des légendes traditionnelles.
Processus traditionnel de fabrication du papier d’écorce
La fabrication traditionnelle du papier à partir du mûrier à papier comporte plusieurs étapes clés :
- Récolte : Les branches sont coupées pendant la saison dormante
- Écorçage : L’écorce externe est retirée pour accéder à l’écorce interne fibreuse
- Trempage : L’écorce est mise à tremper pour ramollir les fibres
- Cuisson : Souvent avec des cendres de bois pour éliminer les composés non fibreux
- Battage : Pour séparer les fibres et créer une pulpe homogène
- Moulage : La pulpe est étalée sur un tamis pour former une feuille
- Séchage : Généralement au soleil ou sur des surfaces chauffées
Ce processus, transmis de génération en génération, témoigne d’un savoir-faire ancestral qui perdure encore dans certaines communautés traditionnelles d’Asie et du Pacifique.
Culture et entretien du mûrier à papier
Si vous envisagez de planter un mûrier à papier dans votre jardin (là où c’est autorisé), voici quelques conseils pratiques :
Conditions de culture idéales
- Exposition : Plein soleil à mi-ombre
- Sol : Peu exigeant, s’adapte à la plupart des sols, même calcaires
- Arrosage : Tolère bien la sécheresse une fois établi
- Rusticité : Résiste jusqu’à -12°C, voire -15°C selon les sources
Le mûrier à papier est un arbre robuste qui s’adapte facilement à différentes conditions. C’est d’ailleurs l’une des raisons de son succès… et de son caractère envahissant !
Plantation et multiplication
Si vous décidez malgré tout de planter un mûrier à papier, choisissez un emplacement éloigné des constructions et des canalisations, car ses racines peuvent être agressives.
La multiplication peut se faire par :
- Semis : Les graines sont faciles à faire germer
- Bouturage : Les boutures de bois tendre en été prennent facilement
- Marcottage : Une technique efficace qui exploite sa capacité naturelle à produire des racines
Gardez à l’esprit que même un seul arbre peut rapidement devenir envahissant grâce à ses drageons et rejets.
Taille et entretien
Le mûrier à papier supporte bien la taille, ce qui peut être un avantage pour le contrôler. Une taille régulière en fin d’hiver permet de maintenir sa taille et de stimuler l’apparition de grandes feuilles décoratives.
À surveiller en particulier : les rejets et drageons qui apparaissent autour du pied. Si vous ne souhaitez pas qu’il se propage, supprimez-les dès leur apparition.
Risques pour la santé et l’environnement
Avant de vous décider à cultiver un mûrier à papier, il est important de connaître les risques associés :
Risques pour la santé
- Allergies respiratoires : Le pollen des fleurs mâles est hautement allergène
- Phytophotodermatose : Le contact avec la sève, combiné à une exposition au soleil, peut provoquer des irritations cutanées chez certaines personnes sensibles
Si vous souffrez d’allergies respiratoires, il est préférable d’éviter de planter des spécimens mâles à proximité de votre habitation.
Risques pour l’environnement
- Compétition avec la flore locale : Sa croissance rapide lui permet de supplanter certaines espèces indigènes
- Modification des écosystèmes : En formant des peuplements denses, il peut perturber l’équilibre naturel
- Difficultés d’éradication : Une fois établi, il est très difficile à éliminer complètement
Comment contrôler ou éradiquer le mûrier à papier
Si vous êtes confronté à un mûrier à papier envahissant, voici quelques méthodes de contrôle :
- Coupe régulière des rejets et drageons dès leur apparition
- Arrachage manuel des jeunes plants, en veillant à extraire toutes les racines
- Pour les arbres établis, coupe du tronc suivi d’une application d’herbicide sur la souche fraîchement coupée (méthode à utiliser avec précaution et conformément à la réglementation locale)
- Installation d’une barrière anti-rhizome autour des spécimens à conserver pour limiter la propagation des drageons
N’oubliez pas que le contrôle doit être régulier et persistant, car même de petits fragments de racines peuvent donner naissance à de nouveaux arbres.
Alternatives recommandées pour le jardin
Si vous êtes attiré par l’aspect décoratif du mûrier à papier mais que vous souhaitez éviter les problèmes qu’il peut causer, voici quelques alternatives non invasives à feuillage décoratif :
- Figuier (Ficus carica) : De la même famille, avec un beau feuillage lobé et des fruits comestibles
- Arbre à papier (Edgeworthia chrysantha) : Également utilisé pour la fabrication de papier au Japon, mais non invasif
- Catalpa (Catalpa bignonioides) : Grand feuillage décoratif et belles fleurs
- Liquidambar (Liquidambar styraciflua) : Feuillage étoilé et belle coloration automnale
Ces alternatives vous permettront de profiter d’un bel arbre ornemental sans les inconvénients liés au caractère envahissant du mûrier à papier.
Foire aux questions sur le mûrier à papier
Quelle est la différence entre le mûrier à papier et le mûrier commun ?
Bien qu’ils appartiennent à la même famille (Moraceae), le mûrier à papier (Broussonetia papyrifera) et le mûrier commun (Morus alba ou Morus nigra) sont deux genres différents. Le mûrier commun produit des fruits comestibles (mûres) appréciés, tandis que les fruits du mûrier à papier, bien que techniquement comestibles, sont moins savoureux. Le mûrier à papier se distingue également par son feuillage plus variable et sa capacité à produire des drageons en abondance, ce qui le rend potentiellement plus envahissant.
Les fruits du mûrier à papier sont-ils comestibles ?
Oui, les fruits du mûrier à papier sont techniquement comestibles, mais ils sont moins savoureux que les mûres des vrais mûriers. Ils ont une texture granuleuse et un goût sucré mais fade. Ces fruits rouges-orangés à maturité sont principalement consommés par les oiseaux, qui contribuent ainsi à la dispersion des graines. En médecine traditionnelle chinoise, ces fruits ont parfois été utilisés pour leurs propriétés médicinales.
Comment se débarrasser efficacement des mûriers à papier envahissants ?
L’éradication complète du mûrier à papier nécessite une approche persistante et systématique :
- Coupez l’arbre au ras du sol durant la saison de croissance
- Appliquez immédiatement un herbicide systémique sur la souche fraîchement coupée (conformément à la réglementation locale)
- Surveillez et éliminez tous les rejets qui apparaissent pendant au moins deux saisons
- Pour les jeunes plants, arrachez-les manuellement en veillant à extraire tout le système racinaire
La clé du succès réside dans la vigilance et la persévérance sur plusieurs années.
Qu’est-ce que le papier washi et est-il fabriqué à partir du mûrier à papier ?
Le papier washi est un papier traditionnel japonais connu pour sa résistance et sa beauté. Bien que le mûrier à papier (kozo en japonais) soit l’une des matières premières les plus courantes pour sa fabrication, le véritable washi peut également être produit à partir d’autres fibres végétales comme le gampi ou le mitsumata. Le washi se distingue par sa méthode de fabrication traditionnelle qui préserve la longueur des fibres, conférant au papier sa durabilité légendaire. Ce papier est utilisé pour l’origami, la calligraphie, les lanternes, les portes coulissantes (shoji) et divers objets d’art.

